Cinémarseille

Un certain regard sur la ville

Long débat entre le réalisateur Bertrand Bonello et le public après la projection de Nocturama

Bertrand Bonello défend son « Nocturama » devant le public Aixois

Affiche NocturamaUne semaine avant sa sortie nationale, Bertrand Bonello a fait un détour par Aix-en-Provence pour présenter son nouveau film, Nocturama. Une œuvre choc, un sujet brûlant… Le réalisateur a répondu aux questions très nombreuses du public sans langue de bois.

Après la projection de Nocturama, les applaudissements sont mesurés. Le film de Bertrand Bonello recueille même quelques sifflets. Mais la majorité des spectateurs sont en fait sous le choc. Un choc cinématographique causé par deux heures de tensions et quelques instants de grâce autour d’un sujet tristement d’actualité : le terrorisme. Le réalisateur de L’Apollonide et Saint-Laurent frappe un grand coup en mettant en scène des jeunes issus de milieux sociaux différents décidant de faire exploser Paris. Nocturama se divise ainsi en deux parties bien distinctes : la préparation minutieuse des attaques et le retranchement dans un grand magasin après le passage à l’acte. Aucune explication sur les causes de leur folie ne sera donnée et pourtant le spectateur n’a qu’un seul point de vue, celui de ces jeunes.

Quand Bonello arrive devant le public Aixois, une question est donc logiquement sur toutes les lèvres : pourquoi ces personnages agissent-ils ainsi ? « Mais comment peut-on raisonner l’irraisonnable ? Je ne voulais pas donner d’explications, le sujet du film est ailleurs. » Selon le réalisateur, ce que font ces jeunes s’assimile à un geste punk. Les personnages veulent changer le monde, mais le seul moyen qu’ils trouvent est la violence. Un film forcément pessimiste qui parle surtout de la fin d’une époque et des illusions qui l’accompagnent. « En ce sens, Nocturama forme une trilogie avec l’Apollonide et Saint-Laurent, des films qui marquaient aussi la fin d’une ère. » (ndlr : le XIXe siècle pour l’Apollonide, les années 70/80 pour Saint-Laurent)

Mais ce qui interpelle surtout dans Nocturama, c’est sa proximité avec l’actualité de ces derniers mois. Le projet ne date pourtant pas d’hier. Bertrand Bonello revient rapidement sur la genèse du projet. « J’ai commencé à écrire le scénario en 2010 sur le tournage de L’Apollonide. Après ce film d’époque, je voulais aller vers quelque chose d’ultracontemporain. Puis le projet Saint-Laurent est arrivé. Du coup la production du film a débuté seulement en janvier 2015 ». Soit au moment des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher… Trouver des financements devient alors plus compliqué. « Heureusement la plupart de nos partenaires ne nous ont pas lâché. » Pourtant le CNC (centre national du cinéma) s’écarte du film, évoquant un problème moral. Un coup dur qui n’empêche pas le tournage de se dérouler dans de bonnes conditions à l’été 2015.

Puis il y a eu le 13 novembre. « Je ne vais pas vous mentir, après les attentats j’ai paniqué sur l’avenir du film. L’actualité va plus vite que la fiction, c’est une règle. Mais je tiens à rappeler que mon film ne raconte pas du tout la même chose, on est loin du djihadisme et de Daesh. » Le seul impact sera au niveau du titre. Bertrand Bonello est obligé d’abandonner Paris est une fête au profit de Nocturama. « C’est le titre d’un album de Nick Cave. Ce mot à quelques choses de fantasmagorique, et il faut dire que le film à quelque chose de cauchemardesque. J’ai appris plus tard que c’était aussi un terme utilisé en zoologie pour parler des cages où sont enfermées les oiseaux nocturnes. Ça collait encore plus du coup. »

 

Long débat entre le réalisateur Bertrand Bonello et le public après la projection de Nocturama au Renoir (Aix-en-Provence)

Long débat entre le réalisateur Bertrand Bonello et le public après la projection de Nocturama

A chaque nouvelle question, les spectateurs avouent leur admiration à Bertrand Bonello, le félicitant à chaque fois pour sa mise en scène. Il faut dire que le réalisateur français a réussi à filmer Paris de manière quasi documentaire dans la première partie du long-métrage, avec notamment de nombreuses scènes dans le labyrinthe du métro. Grâce à la fermeture de La Samaritaine, l’équipe a également eu accès à un véritable Grand Magasin. La mise en scène dans cet immense espace clos est virtuose, jouant sur l’horizontalité et la verticalité de ce monde irréel coupé de l’extérieur. Un lieu de rêve où tout est possible et qui se transformera en un piège implacable.

La dernière partie du débat porte sur la bande-originale du film. Compositeur, Bertrand Bonello a une nouvelle fois composé toutes les musiques de son film, constituées de sons électroniques modernes et inquiétants. Mais le grand magasin se transforme rapidement en jukebox géant. My Way, Call Me, Willow… A chaque fois des instants de grâce… jusqu’au choc de la scène finale portée par la musique du générique d’Amicalement Vôtre. « Une manière de rappeler le côté enfantin des personnages » assure le réalisateur.

Mais très vite l’aspect politique du film refait surface. Un spectateur se demande si Nocturama ne risque pas d’être récupéré par les politiques en cette période électorale. « Il va falloir bien l’accompagner à sa sortie la semaine prochaine. Mais ça reste de la fiction. Si les gens veulent créer un débat autour du film, je n’en ferai pas parti » dit le réalisateur sur un ton lasse.

Nocturama, de Bertrand Bonello

Nocturama, de Bertrand Bonello

Au fond de la salle, un homme prend le micro : « J’en ai un peu marre de tous ces compliments. Personnellement j’ai détesté le film. J’aime beaucoup votre travail habituellement, mais là j’ai trouvé la mise en scène chichiteuse. Je me suis ennuyée voilà ! » Les spectateurs se divisent déjà, et la critique risque d’en faire de même. Mais au final n’est-ce pas la preuve que Nocturama est un grand film ?

Bande-annonce de NOCTURAMA

 

Nocturama de Bertrand Bonello, avec Finnegan Oldfield, Vincent Rottiers, Hamza Meziani et Manal Issa (Thriller – 2h11)

Sortie le 31 août 2016

Alicia Arpaïa

 

 

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Aix-en-ProvenceAvant première

Alicia Arpaia Alicia Arpaia • 27 août 2016


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