Cinémarseille

Un certain regard sur la ville

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Clap de fin pour Le Chiant

Trois éditions, une programmation éclectique, un relatif succès médiatique et populaire. Et pourtant, le Festival International du Film Chiant ne déroulera pas son tapis rouge en 2015. Son fondateur, Emmanuel Germond, revient avec nous sur ce projet un peu fou.

Un film suédois des années 20 sur la sorcellerie, un documentaire exposant le quotidien de vaches normandes ou encore une séance de 15 heures retraçant l’histoire du cinéma, c’était ça le FIFIC. Du moins en partie. Car c’était aussi des concerts loufoques, des battles de montage, des ateliers pour les enfants et autres activités loin d’être chiantes. « Le terme chiant est à prendre à contre-emploi » explique Emmanuel Germond. « Il ne s’agissait pas de faire un festival de nanars » mais plutôt « d’inciter à créer différemment ». Le fondateur du FIFIC va même plus loin en assurant que son festival avait aussi pour vocation de « repenser nos modes de vie ». Un festival anti-système Le Chiant ? Un peu, oui. Surtout si l’on s’arrête sur l’adage professé par Emmanuel Germond qui veut que « dans un film, il se passe quelque chose quand il ne se passe rien ». Une profession de foi esthétique qui selon lui va à rebours de la tendance « vidéo-clip » du moment. Et pour passer des paroles aux actes, rien de tel que la projection, lors de l’édition 2014, du long-métrage de Zeb Haradon, Elevator movie. Le synopsis tient en quelques mots – deux voisins se retrouvent coincés dans un ascenseur pendant plusieurs semaines – mais qu’importe ! « Le but est de valoriser l’intention plus profonde, plus radicale » philosophe Emmanuel Germond. Un leitmotiv qui dès la première édition a attiré les regards.

Victime…

Dès 2012 et ce malgré une programmation minimaliste, le festival trouve son public. Des salles bien garnies et surtout, une couverture médiatique impressionnante. « Nous avions deux projections et nous avons eu deux mille articles dans la presse. » En 2013, à l’occasion de l’édition de Marseille Capitale européenne de la culture, le FIFIC met les petits plats dans les grands. Fictions, documentaires, récits de vie, au total ce sont 30 films qu’Emmanuel Germond propose aux spectateurs. Là encore, le succès médiatique est au rendez-vous. Celui du public un peu moins. « Les salles n’étaient pas pleines mais c’est tout de même un tour de force de réussir à faire venir les gens quand la programmation est ambitieuse et pas vraiment commerciale. » En 2014, le FIFIC se délocalise en Suisse, à Lausanne. Mais pourquoi avoir quitté Marseille ? Par manque de moyens accordés par la Mairie ? Pour se développer à l’étranger ? Pas du tout. « C’était juste une histoire de rencontres » explique Emmanuel Germond, tranquille comme Baptiste. « L’objectif était d’organiser le festival dans trois villes différentes mais on s’est rendu compte que l’on atteignait une taille critique pour que le festival demeure intéressant. » Cependant, l’air de la montagne réussit moins bien au FIFIC que l’air de la mer. Malgré une programmation déployée sur trois jours, le succès n’est pas vraiment au rendez-vous. Pour ne rien arranger, la couverture médiatique s’est entre temps retirée. De l’aveu même de son fondateur, Le Chiant « meurt dans l’anonymat ».

… ou bourreau ?

Si vous comptiez sur le FIFIC pour devenir un festival institutionnel, passez votre chemin. Dès le début l’idée était claire dans la tête d’Emmanuel Germond. Pour ce cinéphile engagé, preneur de son à la ville, Le Chiant n’avait pas vocation à se pérenniser. « C’est avant tout une création éphémère » et puis pour que le festival devienne annuel « il faudrait y passer sa vie ! ». Le festival a donc creusé sa propre tombe, allègrement.

Tel le phénix, Le Chiant renaîtra-t-il un jour de ses cendres encore fumantes ? « Le cadre est élastique et libre conclut Emmanuel Germond, alors si un jour je trouve un endroit sympa pour le refaire, pourquoi pas…»

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Boris Loumagne Boris Loumagne • 29 janvier 2015


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