Cinémarseille

Un certain regard sur la ville

la-mort-de-dante-lazarescu

En Roumanie le temps d’une nuit

L’association CINÉPAGE présente la Nouvelle Vague roumaine du 27 janvier au 4 février. Une rétrospective de films roumains « majeurs » dans le cadre des Rencontres du Cinéma européen 2015.

 

Festival

(c) CINEPAGE

La « Nouvelle Vague roumaine ». Une appellation qui désigne l’essor d’un cinéma trop longtemps resté au service du régime communiste du pays.

Du 27 janvier au 4 février, l’association CINÉPAGE renouvelle ses Rencontres du cinéma européen démarrées en 2005. Cette année, une sélection de films roumains est mise à l’honneur.  Des œuvres qui ont su traverser les Carpates et se faire une place dans les festivals européens.

Pendant neuf jours, seize créations – du documentaire à la fiction – seront ainsi diffusées à la BMVR de l’Alcazar et aux cinémas Les Variétés, le César et le Polygone Étoilé.

Un film parmi les films

artoff413

L’affiche pour son exploitation française

La mort de Dante Lazarescu. Un titre qui ne laisse a priori aucun espoir avec ses deux heures trente minutes de projection. Pourtant, l’association le met en avant comme l’un des films majeurs. Un long métrage qu’il faut voir pour comprendre la richesse de la nouvelle vague roumaine. De plus, une personne qui a travaillé sur sa création est présente. L’occasion d’avoir un témoignage de l’autre côté de l’écran.

Jeudi soir, il pleut. C’est décidé, je pousse la porte de la salle cinq du cinéma Les Variétés. Une vingtaine de personne ont fait le même geste.

Dana Bunescu, monteuse reconnue en Roumanie qui a travaillé sur le film, s’adresse à son public. D’une voix monocorde, presque un murmure, elle s’exprime en roumain et laisse le soin à un de ses amis de faire la traduction. « Vous allez voir le second film de Cristi Puiu, considéré par la critique roumaine comme un des pères de la nouvelle vague. C’est, dit-on, le meilleur film roumain après la révolution [le renversement du régime communiste]. »

Une entrée en matière alléchante. Le film commence.

La mort d’un homme encore bien vivant

La mort de Dante Lazarescu peut-il être considéré comme un film hermétique ? Dont le message est destiné à une poignée d’élu ? Comme le dira un membre de l’association CINÉPAGE à la fin de la projection, ce « film fait souffrir ». Sur la forme, c’est indiscutable. Sur le fond, ça l’est moins.

la-mort-de-dante-lazarescu

Dante Lazarescu dans sa position favorite

Deux heures trente minutes de plans fixes, filmés sans trépieds. Quelle audace ! Le début du film est difficile pour l’œil, mais il réussit à s’habituer. De toute façon, l’image tremblotante laisse très vite la place à des plans séquences doublés de dialogues interminables.

Pourtant, même si la première moitié du film fait en effet « souffrir », on se laisse entrainer. On se laisse convaincre par l’aventure dramatique de ce pépé solitaire. Par le dévouement d’une infirmière fatiguée, par la solidarité entre voisins. L’empathie laisse la place à la stupéfaction quand le film s’attarde à dépeindre l’univers désagréable d’un service hospitalier de nuit.

Il n’y a qu’un seul méchant dans ce film, l’alcool. La boisson préférée de Dante Lazarescu. Il n’en avait pourtant pas bu plus que d’habitude ce soir là. L’alcool qui dédouane presque le vieil homme du droit au respect et aux soins.

Il n’y a aucun suspens. Comme le titre l’annonce, Dante va mourir. Mais le chemin vers la mort est beaucoup plus long que ce que l’on croit.

La mort est-elle passée dans la salle ?

Il est plus de 22h, le film se termine. Le public s’est dispersé, mais beaucoup restent pour s’entretenir avec Dana Bunescu. Elle présente son travail. 40 nuits de montages pour deux heures trente minutes de film. Un assemblage de rushs en prises directes sans postsynchronisation. Cela pour établir ce qui donne au film une impression de réalité.

IMG_1566222

Dana Bunescu (photo Florent Paci)

Dana Bunescu va à l’encontre de ce que tout le monde pense alors dans la salle. Elle avoue que « ce film n’est pas une critique du système médical roumain. Ce personnage représente la possibilité de mourir seul, sans être secouru, et cela à n’importe quel moment. »

On apprend ainsi que le film est tiré d’une histoire vraie. Un Roumain atteint de cancer a été promené d’hôpital en hôpital, avant d’être abandonné dans la rue pour mourir.

Les questions fusent. Parmi elles, « que reste-t-il de l’humanité ? » se demande une spectatrice pour qui cette vision d’un service hospitalier dépasse les frontières.

Que reste-t-il de ce film après sa projection, devrait-elle plutôt se demander. Plus largement, pourquoi aller voir les œuvres de la Nouvelle Vague roumaine ?

Les cinéastes roumains n’ont rien à envier aux Français. Et même aux autres. C’est d’ailleurs leur point fort. Les thèmes abordés sont certes universels, mais le traitement est lui personnel. Un pays peu médiatique pose un regard inhabituel sur la société. La présence des créateurs permet d’enrichir la découverte de ce cinéma méconnu. Un cinéma qui n’a sans doute pas fini de surprendre.

Parce que l’Europe, ça passe aussi par le 7e Art.

Pour le programme des séances à venir, rendez-vous sur le site de CINEPAGE.

Photos : D.R.

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+
AlcazarCésarcinémaCINÉPAGEcinéphilescultureDana BunescuEuropefilmFilm roumainMarseilleRencontre du cinéma européenRoumanieVariétés

Florent Paci Florent Paci • 30 janvier 2015


Previous Post

Next Post

Laisser un commentaire

Your email address will not be published / Required fields are marked *