Cinémarseille

Un certain regard sur la ville

Extrait du film "Notre Pain Quotidien" de Nikolaus Geyrhalter (2007)

Le Mucem fait son cinéma

En marge de l’expo Food – manger, produire, consommer qui se tient jusqu’au 23 février, la Villa Méditerranée et le Mucem s’associent pour proposer du 31 janvier au 1er février des débats et des projections autour des problématiques liées à l’alimentation.

L’exposition Food

Le 29 octobre dernier le Mucem a inauguré « Food ». Elle questionne nos rapports au besoin le plus basique de la vie humaine : se nourrir.

À l’initiative de cette exposition, une ONG associée aux Nations Unies: ART for the World. Leur but : sensibiliser le public sur nos rapports à la Terre, nourrice de l’humanité. De nombreux arts sont sollicités : peinture, mise en scène d’objets, cinéma etc. La plupart des artistes montre la nourriture sous un jour peu commun. Dans notre société de consommation où certains gaspillent et d’autres meurent de faim, les paradoxes de notre diététique se donnent à voir entre les murs du Mucem. Nous sommes ainsi mis face à une nourriture que l’on ne peut ni toucher, ni goûter mais qui nous laisse un goût amer : se nourrir est-il si basique et anodin que ça ?

Nous sommes samedi soir et ils sont une petite quarantaine à avoir bravé le froid hivernal pour assister à Notre pain quotidien. Le documentaire de l’Autrichien Nikolaus Geyrhalter est diffusé au Mucem dans le cadre des journées du film sur l’environnement qui ont lieu tout le week-end. Ce soir, c’est son oeuvre qui fait office de support de réflexion. Produit en 2007 et tourné durant 2 ans, le documentaire montre froidement les coulisses des grands groupes de l’industrie alimentaire.

À la croisée des arts

Notre Pain Quotidien c’est à la fois un documentaire et une oeuvre d’art. Le spectateur est face à un hybride qui se donne pour mission de le faire réfléchir, et ça marche ! Durant 1h32, nous avons sous les yeux un enchainement de plans fixes, calculés, pensés et pondérés pour montrer la face cachée de la production alimentaire. Ce qui saute aux yeux, c’est la froideur des images aseptisées et le gigantisme omniprésent des lieux filmés. 1h32, aucun dialogue, aucun commentaire, aucune indication, juste des images qui ressemblent presque à des photos. Le rendu est géométrique, esthétique et incroyablement froid. Le travail des hommes dans les abattoirs, les champs ou les élevages en tous genres est complètement déshumanisé. Aucun d’eux ne parle, ils se contentent de travailler. Le bruit de leurs machines est omniprésent. D’ailleurs, l’homme devient une machine sous nous yeux. Aucune émotion ne transparait de ces plans, et c’est cette froideur qui semble rendre le regard de Nikolaus Geyrhalter impartial et objectif. On croirait qu’il ne veut pas explicitement dénoncer quoique ce soit. Il réussit finalement le tour de force de se contenter de montrer, à travers le prisme de l’art, ce qui se passe pour la nourriture avant qu’elle ne finisse dans nos assiettes. Pourtant, certaines images interpellent et font réagir. Quelques personnes de la salle se cachent les yeux, d’autres pleurent face au traitement réservé aux animaux d’abattoirs. Il y a des scènes choquantes, oui, mais finalement banales quand on se rappelle qu’elles se produisent chaque jour derrière les murs des grands groupes de l’industrie alimentaire.

L’esthétique au service du débat

1h32 plus tard, l’émotion dans la salle est palpable : « c’est trop dur ! » ou « incroyable ! » entend-on de temps à autres. Les coulisses de l’alimentation montrées telles quelles, nous font réfléchir à ce que signifie manger, ce besoin fondamental à la base de la vie humaine. La convivialité, le partage et le plaisir que l’on peut généralement associer à l’action de se nourrir sont complètement absents du film, et c’est justement ce qui laisse songeur. Comment ce qui nous fait vivre peut-il être aussi proche de la destruction et de la mort ? Comment un besoin vital peut-il devenir aussi peu naturel ? Et, d’ailleurs, la nature dans tout ça ? Des questions qui restent en suspend pour beaucoup de ceux qui ont assisté à la projection. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne regarde plus son assiette de la même manière. Objectif accompli pour le réalisateur autrichien.

Photos : D.R.

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+
Autrichecinémadocumentairefoodindustrie alimentaireMaison de la Méditerranéemanger produire consommerMarseilleMucemNikolaus Geyrhalternotre pain quotidien

Maeva Defroyenne Maeva Defroyenne • 1 février 2015


Previous Post

Next Post

Laisser un commentaire

Your email address will not be published / Required fields are marked *