Cinémarseille

Un certain regard sur la ville

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Médina Yalaoui, le rêve Marseillais

A 19 ans, Médina Yalaoui a déjà reçu plusieurs récompenses pour son rôle dans le court-métrage La Fugue de Jean-Bernard Marlin. Trajectoire impressionnante d’une jeune Marseillaise talentueuse.

Il est 15h sur la place Félix Baret, dans le centre-ville de Marseille. C’est ici que Médina m’a donné rendez-vous. Quand elle arrive, maquillage impeccable et longs cheveux noirs lissés tombant sur son visage fin, je ne la reconnais pas tout de suite. Sabrina, son personnage dans La Fugue, est un garçon manqué, plus négligée, moins féminine. Le film semble si réel, presque documentaire, que c’est elle que je m’attendais à voir. Mais c’est bien Médina Yalaoui qui se tient devant moi. On s’installe dans un café de la place. A ses côtés, Khedidja, sa mère, prend place. Elle est derrière sa fille unique depuis le début. Pas pour la pousser ou la surveiller, mais pour l’encourager et la soutenir. Car celle-ci n’a que 19 ans. Elle en avait 2 de moins quand sa carrière d’actrice a débuté.

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Médina et sa mère, Khedidja

Du lycée au ciné

Au départ, Médina est une élève de seconde comme les autres. Sauf qu’un jour, devant son lycée, elle croise Jean-Bernard Marlin, réalisateur en repérage pour le casting de son court-métrage. Il cherche des actrices. Garçon manqué, elle correspond au rôle, et ses copines la poussent à aller le voir. Elle fait un essai caméra et est prise pour incarner un personnage secondaire. Et puis, tout s’accélère. Le premier rôle se désiste. Médina reçoit un coup de fil : « Deux ou trois jours après, ils étaient chez moi. » En 2013, donc, Médina troque son quotidien d’adolescente pour la caméra de Jean-Bernard Marlin, devant laquelle elle devient Sabrina, une jeune délinquante. Le tournage dure près de deux semaines à Marseille. Avec le lycée, c’est un peu compliqué, mais les profs comprennent.

Le court-métrage est un succès. Il est programmé et primé dans un grand nombre de festivals. Il sera notamment Ours d’Or à la Berlinale en 2013, et sélectionné aux César en 2014. Et au milieu des récompenses que glane le film, Médina reçoit trois prix d’interprétation et une mention spéciale pour son jeu d’actrice. Et puis elle retourne à sa vie de lycéenne. Car Médina a la tête sur les épaules. Malgré le succès qui suit la sortie de La Fugue, elle n’arrête pas ses études et obtient son CAP.

Diamant brut

Jouer n’est pas pour elle une révélation, mais s’avère très facile, presque naturel : « C’était plus un amusement que du travail. » La caméra ne la dérange pas, l’ambiance du tournage la motive. Malgré tout, certaines scènes sont plus dures à tourner que les autres pour une actrice non-professionnelle. Et notamment des scènes de chute : « Certaines scènes ne sont pas dans le film parce que je n’y arrivais pas. J’avais des bleus partout à la fin de la journée. » Ces difficultés mises à part, le manque d’expérience de Médina lui apporte un avantage majeur : elle ne joue pas simplement Sabrina, mais l’incarne. Elle a quelque chose en plus. Un air apeuré, une étincelle particulière, quelque chose de « vrai » dans la voix. Une profondeur qu’elle a puisée dans son vécu : « Des filles dans le cas de Sabrina, qui galèrent, j’en côtoie. Pour ce rôle, je me suis appuyée sur cette réalité que je connais bien. »

Pour Médina, ce tournage a été une expérience enrichissante. Pas plus, pas moins. Plus tard, elle veut travailler dans la petite enfance, et ne se voit pas courir après une carrière d’actrice. Elle préfère prendre les choses comme elles viennent. Une posture qui semble lui réussir : elle a beau ne pas avoir d’agent, et ne pas avoir passé de casting depuis La Fugue, elle pourrait bientôt être à l’affiche du prochain Kechiche. Le réalisateur de La vie d’Adèle prépare une adaptation à l’écran du livre La Blessure, la vraie, de François Bégaudeau, aussi auteur d’Entre les murs. Repérée pour son rôle dans La Fugue, Médina a été contactée par l’équipe du film pour passer le casting. Cet été, elle est même partie en Tunisie pour faire des essais. Rien n’est encore sûr, mais si le projet de film se concrétise, la jeune Marseillaise jouerait sous la direction de l’un des réalisateurs les plus en vue de ces dernières années. Une belle avancée pour celle qui considère le cinéma comme un « passe-temps ». Et il y a de grandes chances que ce ne soit que le début.

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Camille Paix Camille Paix • 11 février 2015


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