Cinémarseille

Un certain regard sur la ville

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Plus qu’un vidéoclub, un vidéodrome

Alors que les vidéoclubs se meurent lentement aux quatre coins de la France, des Marseillais sont à l’origine d’un projet fou. Leur idée : coupler le bon vieux loueur de DVD à une salle de projection, une librairie et un bar. Peu après avoir pris ses quartiers sur le Cours Julien, l’initiative séduit déjà. Le vidéoclub serait-il en passe de devenir hype ?

Le catalogue des films du vidéoclub sur tablette

De l’extérieur, l’endroit ne paie pas de mine. Sur une façade grisâtre du Cours Julien, au milieu des tags, une enseigne lumineuse attire le regard. Pour rentrer, il faut passer à travers un épais rideau de plastique, que l’on imaginerait plus facilement dans un supermarché. Une fois à l’intérieur, l’ambiance est bien différente, très chaleureuse. La pièce baigne dans une odeur de bois fraîchement coupé. Des petites affiches recouvrent le mur derrière le bar. Un homme boit une bière en consultant le catalogue de films sur une tablette installée sur sa table. Cette ambiance surprend, comme une vieille habitude que l’on aurait oubliée. Parce que des vidéoclubs, en France, il n’en existe plus beaucoup.

Vidéodrome fait de la résistance

Quelle idée alors, dans ce contexte chaotique, que celle de monter un vidéoclub ? Pourquoi investir dans un secteur à l’agonie ? En réalité, le Vidéodrome existe depuis plus de 10 ans. Monté en 2001 par Emmanuel Vigne, aujourd’hui à la tête du cinéma le Méliès à Port-de-Bouc, il proposait à la location et parfois à la vente plus de 5 000 films jusqu’à fin 2014. De 2001 à 2011, Emmanuel Vigne organisait également des projections nomades dans des salles de projection partenaires (Polygone Etoilé, Montévideo, Les Grands Bains Douches, etc.).

Le bar à films

Le bar à films

Mais quand Emmanuel Vigne reprend le Méliès, il ne peut plus s’occuper de son vidéoclub. Des salariés décident alors de continuer à le faire vivre. Afin de pérenniser l’activité, ils se réunissent en Scop (Société coopérative et participative). Une idée fait son chemin : aménager dans un nouveau local une salle de projection, un espace location et vente de livres de cinéma, mais aussi -et c’est le plus singulier – un « bistrot ». Les associés développent le projet pendant deux ans, tout en travaillant bénévolement dans le vidéoclub, pour ne pas perdre le contact avec la clientèle. Mais tout cela a un coût. Les travaux sont estimés à 200 000 €. Pour pouvoir garantir le prêt, la Scop DCA (Diffusion Cinématographique Alternative) doit réunir 10% de la somme. Un appel à contribution est lancé sur le site de crowdfunding Kisskissbankbank, et les 20 000 € sont réunis sans peine. Les 6 associés de DCA réalisent eux même la majorité des travaux. A l’origine situé rue Vian dans le 6e arrondissement, le Vidéodrome déménage début 2015 au 49 cours Julien. Place au Vidéodrome 2.

Une envie, pas un besoin

Ce qui est surprenant dans tout ce projet, c’est que ce ne sont pas les difficultés auxquelles ont fait face les loueurs de films qui sont à l’origine de ce changement de concept, mais plutôt une envie. L’envie de « trouver une alternative à l’échec actuel du mode de diffusion du cinéma » , selon Julien Chollat Namy associé de la Scop. De redonner aux salles leur « saveur d’avant » en proposant un nouvel espace à même de diversifier la programmation cinématographique Marseillaise, qu’il considère comme trop uniforme, mais aussi l’offre, dans une ville qui compte 960 fauteuils pour 100 000 habitants, contre 1 650 pour 100 000 en moyenne sur la France. Il considère d’ailleurs que le projet n’a de sens que dans une ville où l’offre cinématographique, et notamment l’offre alternative et art et essai est faible.

Une partie de la librairie, et l'espace vente de DVDs

Une partie de la librairie, et l’espace vente de DVDs

Pour Julien Chollat Namy, le Vidéodrome a survécu à la vague d’extinction des vidéoclubs pour deux raisons. Tout d’abord, parce qu’il s’agit d’un vidéoclub de niche, avec un fond spécifique et éclectique, basé sur l’art et essai. Ensuite, parce qu’il fonctionne sur un système d’abonnement, où l’abonnement annuel coûte 45€ par an, soit bien moins que Netflix (7,99€ par mois pour le forfait le mois cher, soit environ 95€ par an) pour un catalogue plus étendu, bien que plus spécialisé.

Internet m’a tuer

Mais ce n’est pas parce que le Vidéodrome s’en sort, que c’est le cas des autres vidéoclubs. Il n’est pas si loin le temps où l’on allait louer ses DVD chez le commerçant du coin. A la fin des années 90 et au début des années 2000, les vidéoclubs connaissaient leur âge d’or. Et puis, Internet a pris de l’importance dans nos vies et il nous a confrontés à un concept nouveau : la gratuité. Les phénomènes du téléchargement et du streaming ont pris de l’ampleur, et tout d’un coup, il a semblé bien dépassé de payer pour ce à quoi on pouvait avoir accès gratuitement.

Le développement d’internet a donc eu raison des vidéoclubs. Ils auront pourtant tout tenté pour s’en sortir en se diversifiant et en proposant par exemple la vente de jeux vidéo, la téléphonie mobile et la cigarette électronique. Avec pour seul effet de retarder l’échéance : internet était bien trop fort. Aujourd’hui, il ne reste que très peu de vidéoclubs en France, et leurs jours sont comptés. Selon un rapport du CNC publié en 2013, La proportion de loueurs de DVD a diminué de façon significative entre 2008 et 2012 : -2,9 points en moyenne par an. Par exemple, en 2012, seulement 16,3% des spectateurs de cinéma déclarent avoir loué au moins un DVD, contre 30,7% en 2008.

Et l’arrivée sur le marché Français du mastodonte Américain de la VOD Netflix en septembre 2014 n’a pas arrangé les choses. L’enseigne phare Vidéofutur, qui comptait plus de 400 magasins en 2002, contre 27 en janvier 2015, a d’ailleurs déjà amorcé sa reconversion dans la VOD. Mais pas d’inquiétude, à Marseille, le Vidéodrome devrait faire perdurer la tradition.

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Camille Paix Camille Paix • 21 février 2015


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